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Agenda, le meilleur agenda des sorties

16 octobre 2009

 "Ils sont à la fois temples, magasins, scènes, écoles et laboratoires"

Si les avis de la gent féminine ne convergeaient pas, il n’y aurait pas de raison d’ébrécher la modestie dont il se pare, à 38 ans, sans trop d’artifices. Mais il faut bien reconnaître que Constantin Chariot, directeur-conservateur en chef des musées de la ville de Liège, a tout du gendre idéal.

Bon custom

Pas mal de sa personne, portant beau et faisant montre de culture, ce Bruxellois est aussi licencié en histoire de l’art, premier prix de conservatoire en flûte traversière et diplômé de la business school de Solvay.

Mais malgré ces beaux papiers, c’est au terme d’une procédure de concours que cet ancien conseiller culture-politique scientifique-affaires universitaire de Didier Reynders a été choisi pour chapeauter le Grand Curtius ainsi que trois autres musées liégeois… et 120 personnes. « La Ville, a majorité PS-cdH, a pris la décision peu évidente de désigner un libéral, souligne ce père de deux enfants. Je salue la liberté de décision de Willy Demeyer qui, j’espère, a fait le choix de la compétence.  »

napoléonCar Constantin Chariot n’est pas non plus du style à taire ses opinions politiques. Et lorsqu’on lui demande un objet coup de cœur de son vaisseau amiral (Curtius) il déclame sans hésiter sa passion pour le fameux portrait de Napoléon par Jean-Auguste-Dominique Ingres, quitte à en rajouter – sincèrement- une couche. Et de déboucher par la même occasion sur ses idées non pas rattachistes, mais unionistes avec la France. « Napoléon Bonaparte en pied devant la Citadelle en costume rouge de premier consul. C’est un tableau à la fois magnifique, historique et symbolique comme cadeau de remerciement pour l’accueil des Liégeois, à l’heure où la ville était française. Il y a d’abord les couleurs chatoyantes et la signature de l’un plus grands peintres de la fin du 18e siècle. Mais cette œuvre est aussi incontestablement ancrée dans l’histoire de Liège. Une cité qui n’est pas belge.
Liège est avant tout Liégeoise et tourne un regard enamouré vers la France depuis des siècles. Si le couple francophone et néerlandophone devait ’spliter’,je pense que nous n’aurions pas d’avenir sans un trait d’union avec la France.
 »

Reste que le directeur-conservateur a avant tout une dimension internationale, à la mesure du nouveau musée qui a déjà attiré 80.000 visiteurs depuis son ouverture en mars. Dont 20% d’étrangers. « Mes prévisions, volontairement pessimistes, tablaient sur 50.000 visiteurs la première année. Nous en aurons vraisemblablement le double  », se satisfait cet heureux papa de deux enfants de 10 et 12 ans. Et lorsque l’un de ses deux garnements lui demande ce qu’il aurait pu faire dans la vie s’il n’avait été conservateur de musée, il leur répond invariablement…. conservateur. « J’adore les musées depuis que je suis tout petit. Ils sont à la fois temples, magasins, scènes, écoles et laboratoires.  »

tempo (Custom) (3) Pourtant, ce type séduisant a d’abord été banquier au Luxembourg (où il s’occupait d’actifs non financiers, dont l’immobilier et les œuvres d’art) avant de faire ses classes au musée Gaumais de Virton : « c’est le plus beau musée de la province du Luxembourg, mais on en fait vite le tour  ». Puis, postulant dans des musées plus importants tant Belgique et en France, l’ambitieux s’est mué en Poulidor. Metz, Avignon, le Cinquantenaire et même Versailles : Constantin se classait toujours deuxième au terme des procédures de sélection !

Au Curtius, Constantin Chariot a déjà lancé une collaboration avec les archéomètres de l’université de Liège, «  pour faire davantage parler les objets et améliorer leur conservation ». Mais dans l’optique de la muséologie analytique anglo-saxonne qui prévaut à Liège (focaliser l’attention sur l’objet lui-même, sans ‘recontextualisation’ à la française, par manque de place et d’espace adaptés), une amélioration de la connaissance des pièces exposées permet surtout d’alimenter les textes explicatifs qui transforment les objets en sujets.

Des vidéos, grandes absentes pour le moment, sont également à venir.
Tout comme une foule de projets pilotes pour les personnes handicapées dans un musée qui se veut 100% accessible pour elles. L’on parle de visites guidées pour sourds-muets et même pour aveugles grâce à des copies interprétées, via les seules textures, de tableaux de Cézanne (du 3 au 31 mai 2010).

Curtius tempo (Custom)

Maintenant qu’il est Liégeois, logeant place Saint-Lambert lorsqu’il n’ pas dans l’ ancienne chambre de bonne transformée en bureau au Curtius ou en voyage, le flûtiste pro a encore le temps de se passionner pour les pasticcios (œuvres-ébauches d’airs connus d’opéras qui précédaient les œuvres proprement dites), et de donner des concerts résultant de ses recherches dans les bibliothèques musicales. Mais pas sûr qu’on le voie un jour jouer à Liège avec son groupe…

Reste que l’on pourra peut-être lire son roman sur la question de l’âme à travers la vie d’un curé de l’Ancien Régime qui devrait paraître chez Albin Michel. « Enfin, si j’arrive à le remettre à temps », met-il en doute. Histoire de rappeler que nul n’est parfait.

Moins de deux ans après sa nomination, le conservateur s’en est allé occuper un autre poste au sein de Pierre Bergé & associés à Bruxelles. “Cela a été un échec pour deux raisons, a dit un acteur culturel crédible mais anonyme dans la Libre Belgique du 21 juin 2010. La première, c’est la personnalité deM. Chariot qui correspond bien à ce que Léopold III disait de Léon Degrelle  : “suffisant et insuffisant”. Il a traité les Liégeois comme des analphabètes qu’il fallait instruire. La deuxième cause, ce sont les mécanismes immunitaires qui fonctionnent à Liège contre ceux qui viennent ici en colonisateurs”. IMG_4909 (Custom) PHOTO F.T.


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