26 juin 2009
"Je dors avec mon gsm et je me lave avec mon gsm."Entré en service le 1er octobre 1995, le Lieutenant-Colonel Jean-Marc Gilissen occupe actuellement la fonction de Chef de Corps au sein du service opérationnel de l’I.I.L.E. En Clair, à juste 40 ans, il est le chef des pompiers des 20 communes autour de Liège, mis à part l’une ou l’autre caserne encore indépendante, avec des volontaires. « A ma nomination, j’étais le plus jeune lieutenant-colonel de Belgique », se délecte-t-il toujours un petit peu. Le plus haut grade chez les pompiers !
Son air modeste traduit la même satisfaction que lorsqu’il rappelle qu’il a brillamment réussi ses études d’ingénieur avant de travailler comme assistant à l’université, en mathématiques appliquées aux ingénieurs.
Avec son air de premier de la classe, ce Liégeois sympa, dénué de l’orgueil auquel il pourrait prétendre, en impose par son évidente intelligence. Pas facile d’interrompre son flux de parole coulé, poli, structuré et intelligible.
Comme tous les agents opérationnels, le patron de la caserne a reçu la formation de base du Sapeur Pompier au service Instruction de l’I.I.L.E. en 1995 , puis une formation d’officier chef de service.
Avant son entrée en fonction comme Chef de Corps, il exercé comme officier stagiaire, puis chef de peloton. " Ce fut plus un cheminement qu’une vocation. Sur base d’un appel public, j’ai été classé premier au concours d’officier et aux nombreux tests organisés."
"J’étais néanmoins attiré par la dimension de service aux citoyens de ma région et le fait d’être ingénieur permet de se prévaloir des connaissances techniques nécessaires pour aborder les différents types d’opérations que nous menons au quotidien ", raconte Jean-Marc Gilissen, toujours fier de porter son uniforme. « Je le mets avec assiduité. Il représente une fonction, un grade et un respect du métier que j’apprécie. »
Reste que, en cas de manque ponctuel d’officier ou dans le cadre de plans d’urgence (à côté du bourgmestre et du gouverneur), l’homme est aussi susceptible d’aller sur le terrain. Avec son lot de moments difficiles comme celui où un automobiliste était passé sous un camion et sa cervelle projetée des mètres à la ronde. L’une de ses premières interventions.
« Nous avons une autre approche du danger. On apprend à vivre avec. Dans le feu de l’action (sic), nous avons une autre approche du danger, et pas toujours le sentiment de prendre des risques. Car nous sommes rompus à des procédures, et le rôle de l’officier est de veiller à ce qu’on les applique. »
L’an passé, un de ses hommes est mort au feu. « Ce métier est toujours plus difficile pour les familles. Souvent, c’est un choix de couple », insiste cet homme marié et papa de deux filles de 6 et 5 ans. « Avant, la moyenne d’âge était supérieure à 50 ans. Nous avons recruté et, maintenant, je suis dans les plus âgés. La pyramide des âges a joué dans ma nomination de chef de corps. »
Mais il faut reconnaître que cet amateur de danse de salon et de bricolage est avant tout un manager. « Au quotidien, il y a beaucoup de départements à coordonner : prévention, instruction, chimique, ambulance, méthodes d’intervention… En plus de l’aspect humain avec 600 personnes. Et une heure d’attention par personne par an, ça représente déjà pas mal de temps. »
Sa première mission en tant qu’officier avait été de réorganiser le service 100. « Il existait des difficultés relationnelles avec d’autres services que sont l’armée, la croix rouge, la police ou la protection civile. J’ai donc littéralement cassé des barrières et ouvert les portes du service », explique celui qui a rendu possible une réelle collaboration entre ceux-ci.
Le style Jean-Marc Gilissen ? « Pas de fierté mal placée. J’aime décider dans le consensus. Discuter, collecteur les avis pour, si possible, construire un projet ensemble. Je sais aussi trancher. Pas trop dans le social, pas trop dans l’autoritaire. On appelle ça du ‘participatif’, dans la gestion des ressources humaines. »
Son film de pompiers préféré ? La tour infernale, avec Steve Mac Queen. « Mais il manque les murs de fumeé dans ce genre de films. Souvent, dans la réalité, on n’y voit rien et on avance à tâtons. Mais ce n’est pas très cinématographique. »
Quittant son vaste bureau avec vue sur le Manège de la caserne Fonck, l’homme enfile son petit sac à dos Quechua avant de démarrer sa grosse Chevrolet Captiva. : « J’ai beaucoup de chance avec mon épouse. Je dors avec mon gsm et je me lave avec mon gsm. Pompier, c’est vraiment un métier de couple. »