3 avril 2009
L’une des rares femmes à un gros poste de direction en Cité ardenteLes femmes qui occupent de gros postes à responsabilité ne sont pas légion à Liège*. Alors si, comme Isabelle Mewissen, elles cultivent aussi la discrétion, il ne faut pas s’étonner de les débusquer encore moins facilement.
Mais la directrice générale du TEC Liège-Verviers est là pour démontrer que la sobriété (qu’elle incarne littéralement) et l’efficacité sont loin de l’oxymore.
D’ailleurs, « la plupart des femmes sont obligées de gagner leur vie, surtout avec l’augmentation des séparations de couples, et de plus en plus sont tentées par les métiers masculins. Si on demande beaucoup d’ingénieurs au niveau des cadres, dans le domaine des transports, on constate aussi que de plus en plus de filles embrassent ces études-là. C’est donc une question de patience, de génération. D’ailleurs, chez nous, deux postes de directeur sur les 5 sont occupés par des femmes. » Avec elle, en plus.
Si on ne compte que 43 femmes dans les 1.125 conducteurs du TEC Liège-Verviers, leur nombre a cependant doublé depuis 2004.
L’une d’elles expliquait d’ailleurs récemment dans Le Soir que, dans un univers qui reste assez macho, il s’agissait de se faire respecter avec humour. Une clef universelle ?
« En ce qui me concerne, je privilégie l’écoute et le respect, glisse la directrice générale. Vous allez me dire que ce n’est pas une qualité essentiellement féminine, mais c’est une une bonne base. Face aux syndicalistes, par exemple, je crois qu’il n’y a pas de recette magique. Quand ils ne sont pas d’accord, ils restent souvent intraitables. Mais ils sont parfois moins brutaux lorsqu’ils ont une femme comme interlocutrice. »
Née à Ougrée, licenciée en droit à l’ULB, Isabelle Mewissen a exercé brièvement comme avocate avant de passer par le cabinet ministériel d’André Cools et de gravir les échelons dans le monde des transports. À la SRWT (dont son mari Jean-Claude Phlypo fut le patron), puis au TEC Liège : service du personnel, directrice administrative et des RH, directrice générale adjointe puis directrice générale. Elle a aujourd’hui un peu plus de 45 ans.
« Ce qui m’a toujours motivée, c’est l’intérêt général. Ce n’est pas pour rien si je suis au TEC », souligne celle qui a rapidement abandonné la politique et la présidence du Basket Club de Liège pour sa vie de famille, et son fils. D’ailleurs, outre son goût pour la décoration contemporaine et dépouillée, celle qui a failli être danseuse classique (à cause de son dos) ne cite d’autres hobbys que la lecture et les romans.
Plutôt classe, et d’une sobriété qui dégage un certain charme, Isabelle Mewissen pourrait être la parfaite figure de proue d’une campagne qui tenterait de débarrasser les bus de leur connotation négative voire un peu beauf. « C’est vrai que, à la différence de Bruxelles où les avocats sont dans le bus et le métro, Liège n’est pas suffisamment engorgée pour que les cols blancs empruntent les transports en commun. Et y on trouve encore du parking. Mais la mise sur pied des parkings-relais fait partie des futurs défis. Il y a aussi la régularité des bus qui sont un peu trop victimes de leur succès aux heures de pointe, les dessertes locales comme celle de Jemeppe en mini-bus, le futur tram et notre développement prochain".
Ce dernier passera par l’agrandissement des dépôts et l’engagement de chauffeurs et de mécaniciens. Pas sûr, néanmoins, que l’on trouve assez de femmes pour mettre les mains dans le cambouis.
(*) On pouvait lire dans Le Soir du 14 avril que des entreprises publiques comme La Poste et la SNCB ainsi que la haute magistrature ne comptent toujours aucune femme dans leurs organes décisionnels. Dans les 19 entreprises belges cotées en Bourse, on n’enregistre aucune présence féminine à la présidence et 7 % de femmes dans les organes exécutifs les plus élevés. Au TEC, on compte 22% de femmes dans les postes de direction et 15% dans la fonction publique (niveaux 1 et 2).