5 novembre 2008
Le "boss" de la foire
« Avant, on ne parlait pas aux journalistes. Mais maintenant, le monde a évolué. » Loin de se plier avec des épaules de plomb à ce nouvel esprit d’ouverture, le président du syndicat de défense des forains se montre d’une nature affable et sympathique.
« Je suis normalement en charge de Bruxelles, mais je m’occupe aussi de Louvain et de Liège », poursuit Marcel Dotremont, 60 ans et forain depuis toujours.
Ses grands-parents tenaient un autodrome. Celui que reprirent ses parents, avant de finir leur carrière avec une oisellerie. L’homme est donc bien imprégné de cette omerta qui colle encore à l’image des forains. Désormais, puisque qu’ils sont passés au statut d’industriels forains, on peut parler de tout du moment que l’on ne parle pas d’argent. Une question de considération, et de taxes.
« En tant que PME reconnues, notre degré de considération a augmenté comme nos impôts. Si, avant, on ne connaissait généralement que le placeur de la Ville, nous sommes maintenant en contact avec la classe politique liégeoise et les échevins. On leur donne des tickets, aussi. Comme aux éboueurs. Ca fait partie du commerce. »
La vie du forain, de sa femme et de leurs minis-scoters pour enfants, c’est 8 mois et demi de foire, de février à novembre. Aalost, Gand, Laeken, Vilvoorde, Anvers… avant la foire du Midi à Bruxelles et quatre mois de repos et d’entretien du manège. Si l’homme reste un vrai nomade, il possède toutefois un chalet dans la capitale, ce qui l’a poussé à remplacer son énorme roulotte par une caravane plus modeste et à rentrer tous les jours chez lui lorsqu’il n’est pas trop loin. Pour de s’occuper de ce petit-fils footballer de 15 ans qui incarne ses deux passions : la famille (foraine) et le foot.
« Le syndicat me prend beaucoup de temps aussi, poursuit-il en allumant posément une cigarette. Il s’agit d’imposer la carte d’accès à la profession nécessitant un diplôme de gestion, en plus d’être déjà dans le milieu forain. Il faut penser à nos enfants, les foires rapetissent, et des tas de kermesses sont éteintes. Et puis, je voudrais que l’on puisse systématiquement revendre nos attractions avec l’emplacement. Que ce soit garanti. Il faudrait aussi arrêter d’augmenter le prix des redevances. Ca commence à bien faire ! »
Ce n’est pas la légère baisse du chiffre d’affaire 2008, lié comme partout à la crise économique, qui désabusera ce patriarche syndicaliste pour qui son métier est le plus beau du monde, rien que pour la solidarité qui règne dans ce milieu. Il y connaît tout le monde. Et comme à travers toutes les générations, ses enfants ont « reçu » leur manège pour faire leurs preuves, avant de se « faire » eux-mêmes. Le fils a maintenant un petit moulin (carrousel), et la fille un tire-ficelles. Parce-que le métier de forain reste une histoire de famille.
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