1er août 2009
"Le coût d’ 1 km en voiture pour la collectivité : 10 cents. Un kilomètre à vélo en rapporte 16"Normal, pour une cycliste au quotidien, d’aimer suivre les sentiers battus. L’on ne s’étonnera pas, dès lors, que Marie-Claire Schmitz attende une autorisation formelle par la voie hiérarchique et l’assurance de la non-immixtion dans sa vie privée avant de se plier au jeu de l’interview.
Au mois de février, celle qui a à son actif la gestion de plusieurs plans de mobilité au sein du secteur associatif, à la Ligue des familles ou chez Inter-Environnement Bruxelles intégrait officiellement la cellule stratégique de la Ville en tant que conseillère en mobilité douce. Cela, dans le cadre des actions prioritaires définies dans le projet de ville. Ses missions : plancher de nouveaux aménagements, coordonner la promotion et initier des politiques de déplacement à vélo pour les entreprises et les écoles.
« La mobilité douce a effectivement trait aux cyclistes et aux piétons, précise-t-elle. Mais, dans un premier temps, on se centre sur les cyclistes. » Sympa, mais pas joviale à n’importe quel prix, Marie-Claire Schmitz a été nommée au terme d’une procédure par examen, à la suite d’une offre d’emploi repérée sur internet. Et, a 31 ans, en tant que nouvelle habitante du centre de Liège née à Stavelot, elle compte apporter son regard extérieur et sans a priori sur notre ville .
Le vélo est-il une alternative crédible et efficace en milieu urbain quand on connaît le relief de Liège ? « Il y a des choses à faire, embraye notre Madame Vélo. De nombreux points noirs ont notamment été soulignés par le Gracq. Et par rapport à l’argument de la grande déclivité de Liège, il reste beaucoup de kilomètres de déplacement facile dans le fond de la vallée. Mais il s’agit de développer des complémentarités avec d’autres modes de déplacement, dont les bus, pour ceux qui résident sur les hauteurs. Et qu’ils puissent choisir les trajets et les stations les plus adaptés. Notons qu’en Suisse ou en Norvège, où le relief n’est pas plat, on observe des taux de déplacement à vélo de 10 à 15 %. » La ville de Liège souhaite atteindre les 10% en 2010.
L’heure serait donc résolument à la création de nœuds multimodaux. Il s’agira d’améliorer le stationnement des vélos à des endroits clef et d’améliorer leur circulation dans le fond de la vallée en travaillant à la fois sur l’insécurité objective (les points noirs concrets relevés par le Gracq) et sur l’insécurité subjective (apprendre les bons réflexes de la circulation à vélo). L’amélioration de ce dernier point passant par de formations, dont le brevet de cycliste déjà proposé aux enfants de 5e année primaire.
« Nous travaillons aussi sur la possibilité de rendre les bandes des bus accessibles aux cyclistes, le réaménagement de carrefours et de nouveaux itinéraires cyclables. »
Autre dossier : la location de vélos. La Région wallonne a d’ores et déjà prévu l’implantation d’un point « vélo », aux Guillemins, en 2010. Géré par l’asbl Provelo, il proposera un stationnement sécurisé ainsi qu’une station sécurisée pour les petits pépins mécaniques. Mais on parle aussi de vélos en location en longue et courte durée. « Un système est programmé pour le printemps 2011, mais le projet est encore à l’étude au Collège et avec les communes partenaires que sont Herstal, Chaudfontaine, Seraing et Ans. Mais il diffèrera du fameux Vélib parisien . D’abord parce qu’il ne sera pas financé par la pub. »
Le vélo à Copenhague (source).
Au mois de février, Pierre Grandjean, le gestionnaire de l’asbl Gestion Centre Ville donnait son avis sur la question à Today in Liège : « L’expérimentation de la location de vélos à 1€ n’a pas bien marché malgré une véritable campagne d’annonce. Je ne suis donc pas convaincu que Liège est faite pour le vélo. »
Réponse ? « Il reste difficile pour certaines personnes de garder un ou plusieurs vélos à l’intérieur de leur appartement », argumente Marie-Claire Schmitz. « Et même si les systèmes de location de vélos coûtent cher en raison des dégradations, cela reste relatif par rapport au prix que la collectivité paie pour les déplacements en voiture. Santé, embouteillages… Au congrès Velo-city en mai à Bruxelles, le maire de Copenhague (ville où on atteint 15 à 20% de déplacements à vélo), expliquait que le coût d’ 1 km en voiture était estimé à 10 cents. Or il avançait qu’un kilomètre à vélo rapporte, lui, 16 cents à la collectivité. »
Alors, Liège ville vélo ? « Avec un potentiel cyclable », rectifie-t-elle. « Dans le cadre de déplacements urbains de quelques kilomètres, et en complémentarité avec les transports publics. »