Pour un gros film de l’été financé par une grosse boîte de prod’, Inception est sans conteste une franche réussite. Pour un script écrit pendant dix ans qui parle de rêves partagés, d’architectures impossibles, de la fragilité des rapports humains et des boucles étranges, par contre, Inception reste une demi-déception.
Le film de rêve partagé : encore un genre à part. L’idée est évidente quand on fait du cinéma qui, finalement, n’est rien d’autre qu’un moyen de croire à plusieurs à un univers irréel. Ce genre nous a offert des films comme Le Cabinet du Docteur Galligari jusqu’à des thrillers de science-fiction comme Dreamscape ou, plus récemment, des... trucs psychédéliques comme The Cell de Tarsem Singh ou le méconnu Paprika de Satoshi Kon.
Alors, quand Christopher Nolan (Memento, Batman Begins), l’enfant prodige du cinéma américain, un type qui aime autant le thriller classique que les méandres psychologiques, s’attaque au genre, ça donne quoi ?
Je préfère dissiper le moindre doute : j’ai adoré Inception . J’ai été pris par le métrage dès les premières images et Nolan a réussi à me faire entrer dans son univers à mi-chemin entre James Bond et le thriller métaphysico-fantastique.
L’action est rondement menée, le script est limpide malgré le nombre affolant de concepts qu’il doit nous apprendre en cours de route et pour une fois, Nolan arrive à filmer des scènes d’actions intéressantes, tendues et lisibles. La bagarre du couloir en apesanteur, le moneyshot de la bande annonce, est formidable à ce titre, avec ses longs plans et sa chorégraphie élaborée. Nolan emballe un blockbuster efficace et bien moins con que la moyenne.
Mais j’ai quand même la douce impression que c’est gâcher. Nolan a dans ses mains des intentions et des idées formidables mais il ne fait que les effleurer. Les fameuses architectures impossibles du début ne seront presque pas utilisées par la suite, l’aspect psychologique de la chose n’est que fort peu exploitée - jamais le subconscient n’est traité autrement que comme une source inépuisable d’hommes de main prêts à mourir pour une scène d’action - et le principe de rêve-gigogne, coeur du final, est amusant mais peu fouillé au vu de ce que Nolan nous annonce.
Son idée de faire s’écouler le temps différemment dans le rêve que dans la réalité, et encore plus d’un rêve à l’autre, est particulièrement excitant : selon le dosage du sédatif, le temps de rêve peut s’écouler jusqu’à vingt fois plus lentement que dans la réalité. Fatalement, si on inclus un rêve dans un rêve, ce rêve au carré s’écoule 400 fois plus lentement. Et ainsi de suite.
On se prend à rêver d’une opération où la première arnaque dure deux heures, menant à une seconde durant des semaines, qui elle-même mène à une arnaque durant des années... Mais non. Au final, Nolan ne s’en sert "que" pour cumuler quatre climax simultanément. Ce n’est déjà pas si mal - c’est en fait déjà une réussite en soi - mais de la part de Christopher Nolan, l’auteur d’un Memento mémorable*, je suis un peu déçu.
Inception part de bonnes intentions, a des idées chocs et comme film d’action, il est prenant et efficace. Mais j’ose à peine imaginer la tuerie qu’aurait été le même film, réalisé par Terry Gilliam ou Richard Kelly. Nolan ne prend aucun risque et, au final, Inception , bien que solide et divertissant, manque cruellement de panache.
P.S. : mention spéciale à la bande origiale de Hans Zimmer qui aime beaucoup Philip Glass et qui a bien tout lu Douglas Houfstadter, apparemment.
*see what I did there ?